Le message est descendu de l’Olympe en passant par l’Aventin. La France n’est pas réformable. Il faut la transformer. Chiche !

En attendant actes et effets, le pouvoir branché mise sur la magie du verbe.

Il y a un fond religieux dans cette déclaration jupitérienne qui s’adresse à une nation de mécréants, pétrie de morale chrétienne. En ces temps où la communication est reine des cieux politiques, on devrait plutôt parler de transfiguration.

Va pour la transformation ! Et attendons les résultats. Mais prenons les devants pour dire que la fiscalité attend toujours ses réformes et qu’il serait grand temps de transformer le statut des hauts « ponctionnaires » qui sont juges et parties en notre système.

 

Au pays de Voltaire et de la tolérance, il est désormais de bon ton de s’interdire la haine. Et pourtant certains personnages célèbres s’y adonnent avec délices et orgues pour malmener le sacré comme André Gide ( Familles je vous hais) , Charles Aznavour et Juliette Gréco (Je hais les dimanches).

Mais chacun préfère remâcher ses haines en secret. Héritiers de quelques gènes gaulois antérieurs à l’ère chrétienne, nous renâclons quand de bonnes âmes nous recommandent de tendre l’autre joue à la réception d’un soufflet ou de tout autre outrage.
Nous vivons en un temps où les médias exigent des candidats à la notoriété d’épancher leurs amours et leurs haines par les canaux des confessionnaux publics, plus ou moins numérisés. Ce brouhaha se superpose à la communication désormais stéréophonique des responsables gouvernementaux. Il s’agit d’envoyer en même temps à l’oreille gauche et à l’oreille droite le message à chacune destiné mais que tout le monde entend.

Moi qui ne suis candidat à rien ni responsable de rien, je vais vous faire une confession. Je hais le crédit d’impôt.
Molière, qui stigmatisait les médecins en faisant répéter à Toinette, « le poumon, le poumon, le poumon vous-dis-je », pourrait reprendre du service pour brocarder tous ces affidés des Ducs de Bercy qui ne jurent que par la panacée sacrée de ce crédit d’Impôt.

Je maudis ce « crédit » et reproche aux médicastres politiques d’avoir cru pouvoir extirper tous les maux de la société avec un outil à étriller les braves gens. 

Si j’étais procureur, voilà les charges que je mettrais sur le bât de ces bardots de la fiscalité.

• Le crédit d’impôt est d’abord une inversion perverse du sens du vocabulaire. Il faut en effet avoir du souffle et une forte dose de cynisme pour avoir eu l’idée de prélever en aveugle un impôt et, par une sorte de repentir pour son injustice, de le rembourser partiellement deux ans après sur justification, et de donner ce nom trompeur de crédit à ce qui n’est au fond qu’un emprunt forcé de l’état.

Passez muscade. Débiteur et créditeur échangent un temps leurs casquettes !

• Le crédit d’impôt est une offense à la logique. Pour enrichir leur panoplie des paresses et commodités d’administration, et comme si la TVA n’existait pas et était à jamais non modulable, nos généticiens du prélèvement ont imaginé cette hybridation qui fait intervenir des considérations de consommation dans un impôt censé taxer les revenus. Nul ne sait si c’est un mulet ou un bardot mais ils en ont fait une chimère indéfiniment reproductible. Ce n’est pas de bon augure pour un système menacé de stérilité.

• Selon le fisc, cette invention est géniale car elle lui permet d’abonder sa trésorerie à bon marché, de réguler ses entrées, de considérer le quidam comme une entreprise, taillable à merci, qui disposerait d’experts es optimisation fiscale.

• Selon le contributeur, de type « ménage », cette invention est diabolique. Elle lui fait encaisser et décaisser les aléas de la conjoncture, complique ses problèmes de trésorerie par les variations de taux et d’assiettes, rend les budgets incertains, oblige à compter leurs sous sur trois ans des gens vivant au mois le mois.

Tel est le produit de l’imagination créatrice de l’élite sélectionnée par le plus beau haras que la science, économique et sociale, ait jamais concocté.

Mais il ne faut jamais désespérer. Il semble, ici ou là, jaillir quelques lueurs d’intelligence.

Pierre Auguste
Le 20 septembre 2017